LIVRE : Ces enfants-là de Virgine Jortay

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Ces enfants-là de Virgine Jortay

Ces enfants-là, c’est d’abord cette enfant-là, la narratrice du roman. Roman ou récit-mémoire comme nous l’annonce la 4e de couv ? L’histoire autobiographique donc, de Virginie, entre 1964 et 1984.  L’histoire d’une enfant, puis d’une ado comme les autres.  Qui se construit avec des parents, peut-être pas tout à fait comme les autres. Le père est un homme de radio et de télé , très connu à l’époque. Il a ses émissions. Il interviewe les vedettes du show bizz. Et puis il y a la mère, maman, elle. Toute l’histoire tourne principalement autour de cette relation, de cette vampirisation, oserait-on parler de phagocytation ?

Elle m’aime et c’est à elle que j’appartiens – pas à lui. En plus de lui appartenir, je dois aussi lui être redevable : c’est à elle que je dois la vie.

Et puis il y a le contexte, hypersexualisé. L’ascension sociale permet la construction d’une maison, d’une piscine. Les amis des parents viennent se détendre nus. C’est l’époque de David Hamilton. Des photos, comme le calendrier. Et l’enfant subit. Quand elle devient ado, elle ose, elle peut enfin réagir. En fuguant, par exemple. Une adolescente souvent seule, notamment face à l’horreur qu’elle vivra avec l’ami de la famille.

On pense au Famille, je vous hais gidien. Mais la réalité est beaucoup plus complexe.  Car il y a aussi de l’amour dans le roman.

« Maman est belle et me fait du mal. Je tente de m’y retrouver comme je peux, c’est-à-dire pas du tout. C’est pareil pour les sensations : ça fait mal  et ça fait du bien. Entre les victimes et les bourreaux, je m’y perds. Entre les Israël et les Arabes, entre Allende et Pinochet, entre Mozart et Tchaïkovski, je sais qui je préfère mais je sens que c’est bien plus compliqué que ça. »

Ce n’est pas une lecture légère que nous offre Virginie Jortay. Le sujet et certains faits décrits créent le malaise. Le lecteur généreux accompagnera volontiers l’autrice jusqu’au bout… Un autre risque d’abandonner. Pourtant, certains passages sont beaux, et d’ordre littéraire.

La narratrice s’en sort-elle ? Nous sommes en 2021. Les années ont passé, et je ne peux dévoiler la fin du livre.

Dans L’amour en Occident, Denis de Rougemont prétend qu’un berger qui dit je t’aime à sa bergère,  n’entendrait pas la même chose si Platon n’avait écrit le Banquet. Notre manière de nous construire, de vivre, d’aimer existe grâce aux récits qui nous ont précédés. Ici, on sent l’urgence dans l’écriture. Une nécessité d’aider (de guérir ?) cette enfant-là, mais aussi, sans doute,  une volonté louable de proposer un récit à ces enfants qui ont vécu des événements, des relations similaires, un désir d’accompagner ces enfants-là.

Une mauvaise note au correcteur des Impressions nouvelles qui a laissé passer pas mal de fautes d’orthographe

Virginie Jortay, Ces enfants-là, Les Impressions nouvelles. Disponible ici ou ici

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